Préliminaire

Être et agir avec Jésus

Le bonheur de Dieu est d'être avec nous. "Mes délices, nous dit-il, sont d'être avec les enfants des hommes" (Prov. 8, 31). Par ailleurs, Dieu fait consister notre perfection à vivre avec Lui. Le juste est celui qui "marche avec Dieu". "Marche en ma présence et sois parfait" dit Dieu à Abraham (Gen. 17, 1).

Toute l'histoire de l'humanité se résume en efforts du Seigneur pour être et demeurer avec nous. L'Incarnation, c'est Dieu avec nous, c'est Dieu se revêtant de notre nature humaine, pour vivre avec nous. L'Eucharistie, c'est l'incarnation qui se prolonge en chacun de nous ; c'est le Fils de Dieu venant habiter en nous, afin d'être toujours avec nous. "Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation des siècles" (Mt. 28, 20). Quel bonheur que d'avoir ainsi Dieu sans cesse à notre portée, que de l'avoir, sans aucune absence, tout près de nous, que de le porter dans notre pauvre coeur, de manière à pouvoir converser avec Lui jour et nuit ! Nous n'avons vraiment rien à envier à ceux qui ont eu le privilège de vivre à ses côtés, de le voir, de l'écouter, de lui toucher même, mais qui n'ont pas pu expérimenter, avant son ascension au ciel, la joie d'être pour Lui un vivant tabernacle. L'Eucharistie est l'invention de l'amour infini d'un Dieu qui, nous aimant à la folie, ne pouvait pas s'éloigner de nous, ne pouvait pas nous laisser sans sa lumineuse présence, durant tout le temps de notre vie mortelle. Lorsque le temps sera fini, l'immense grâce de l'Eucharistie cèdera la place à la gloire, comme le chante l'Église : "O banquet sacré, dans lequel nous revevons le Christ et faisons mémoire de sa Passion : l'âme y est comblée de grâce, et le gage de la gloire éternelle nous y est donné, alleluia".

À la vérité, le Fils de Dieu est descendu du ciel pour être et vivre avec nous, pour que sa divine présence soit la source constante de notre joie. Il est le seul ami sur qui nous pouvons toujours compter. Bien plus que d'avoir avec nous le rapport de la plus profonde amitié, il veut épouser nos âmes, épouser chaque âme en particulier, au point de ne plus faire qu'un avec elle. C'est dans cette union intime avec Jésus, dans cette fusion de son Coeur avec le nôtre que consiste la joie parfaite. En dehors de cette fusion du Coeur de Dieu avec notre coeur d'homme, la joie parfaite ne peut être qu'un concept vide de sens, qu'une illusion. L'Eucharistie, qui la préfigure et en est le commencement terrestre, nous donne de pouvoir espérer fermement, avec une absolue certitude, que nous serons comblés éternellement de la joie infinie de Dieu. Source divine de notre joie, l'Eucharistie est aussi la source véritable de notre force. Quand Jésus, le Fils unique du Père, est avec une âme comme un époux inséparable et vit même en elle, comment ne lui communiquerait-il pas, dès maintenant, quelque chose de sa toute-puissance? Est-il une autre religion sur la terre, où Dieu, par sa proximité et son amour sans limites à l'égard des hommes, le met en possession d'un tel bonheur?

J.R.B.


La Passion du Christ

J'ai vu le film "La Passion du Christ" de Mel Gibson, et j'en ai été profondément touché. Ma conviction, en revenant dans le monde extérieur, où la Personne divine du Sauveur est largement méconnue, fut que ce film représente un événement historique, une immense grâce faite par Dieu à notre temps, au monde d'aujourd'hui si troublé, en quête de vérité, de justice, d'amour et de paix. Voici un merveilleux instrument pour la nouvelle évangélisation, à la participation de laquelle tous les chrétiens sont personnellement conviés.

"Il m'a aimé et s'est livré pour moi". Cette parole de saint Paul, qui donne tant sons sens à la vie et aux souffrances du Christ, me hantait durant tout le film. C'est pour moi que Jésus a sué du sang dans son agonie. C'est pour moi qu'il a été trahi, chargé de chaînes, frappé brutalement, conspué, condamné comme un blasphémateur et un ennemi de la paix, renié, ridiculisé par la cour d'Hérode, cruellement flagellé et couronné d'épines, rangé au-dessous des criminels de droit commun, et finalement livré par le pouvoir religieux et civil à la mort la plus infâme : le supplice de la croix. C'est pour moi, pour expier mes péchés, que Jésus a enduré tant de souffrances, victime innocente des plus criantes injustices, comme un agneau qu'on mène à l'abattoir, sans une parole à la bouche, n'ayant dans son coeur que douceur et amour.

Le premier et le dernier mot du film, c'est l'amour sans limite d'un Dieu incarné, prenant sur lui - pour les en délivrer par l'effroyable broiement de son humanité - tous les péchés des hommes. Un tel amour dépasse tout ce qu'on pourrait imaginer de plus noble, de plus grand, de plus sublime.

"Il m'a aimé et s'est livré pour moi". Mais moi, est-ce que je l'aime en retour? Est-ce que je l'aime vraiment? Est-ce que je sais seulement en quoi consiste l'amour? Est-ce que je suis disposé à marcher à sa suite en portant ma croix? Est-ce que je comprends la gravité et la malice du péché, responsable de la mort du Fils de Dieu, Jésus-Christ?

Que vais-je faire à l'avenir? Vais-je prolonger sa Passion, vais-je continuer à le frapper violemment, à le défigurer et à le crucifier par mes péchés? Mes péchés, tous les péchés du monde sont la violence à l'état pur, la violence humaine gratuite exercée contre le Fils de Dieu.

Seigneur Jésus, faites-moi la grâce, par les mérites de votre sainte Passion, de cesser de vous offenser, de me convertir tout de bon. Daignez m'apprendre à vous aimer, à ne plus vivre pour moi-même mais à ne vivre que pour vous, en portant dans mon coeur contrit et pacifié les sentiments d'amour de votre divin Coeur.

J.R.B.


Jésus, miroir du parfait amour

Rien ne nous encourage tant à l'amour des ennemis, en lequel consiste la perfection de l'amour fraternel, que de considérer avec gratitude l'admirable platience du plus beau des enfants des hommes. Il a tendu son beau visage aux impies pour qu'ils le couvrent de crachats. Il les a laissés mettre un bandeau sur ces yeux qui d'un signe gouvernent l'univers. Il a exposé son dos au fouet. Il a soumis aux pointes des épines sa tête, devant laquelle doivent trembler princes et puissants. Il s'est livré lui-même aux affronts et aux injures. Et enfin il a supporté patiemment la croix, les clous, la lance, le fiel, le vinaigre, demeurant au milieu de tout cela plein de douceur et de sérénité. Il fut mené comme une brebis à l'abattoir, il s'est tu comme un agneau devant celui qui le tondait, et il n'ouvrit pas la bouche.

En entendant cette admirable parole, pleine de douceur, d'amour et d'imperturbable sérénité : "Père pardonne-leur..." que pourrait-on ajouter à la douceur et à la charité de cette prière?

Et pourtant le Seigneur ajouta quelque chose. Il ne se contenta pas de prier, il voulut aussi excuser ; "Père, dit-il, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font". Ils sont sans doute de grands pécheurs, mais ils en ont à peine conscience ; c'est pourquoi, "Père, pardonne-leur..." Ils crucifient, mais ils ne savent pas qui ils crucifient, car s'ils l'avaient su, ils n'auraient jamais crucifié le Seigneur de gloire. C'est pourquoi, "Père, pardonne-leur..." Ils pensent qu'il s'agit d'un transgresseur de la Loi, d'un usurpateur de la divinité, d'un séducteur du peuple. Je leur ai dissimulé mon visage. Ils n'ont pas reconnu ma majesté. C'est pourquoi, "Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu'ils font".

Pour apprendre à aimer, que l'homme ne se laisse donc pas entraîner par les impulsions de la chair. Et afin de n'être pas pris par cette convoitise, qu'il porte toute son affection à la douce patience de la chair du Seigneur. Pour trouver un repos plus parfait et plus heureux dans les délices de la charité fraternelle, qu'il étreigne aussi ses ennemis dans les bras du véritable amour.

Mais afin que ce feu divin ne diminue pas à cause des injures, qu'il fixe toujours les yeux de l'esprit sur la sereine patience de son bien-aimé Seigneur et Sauveur.

Aelred De Rievaulx


La Sainte Eucharistie et les exigences de notre foi

Sous ce titre, un théologien catholique, prêtre et religieux, livre à nos lecteurs ses réflexions sur le respect de nos églises et sur la grandeur de la Sainte Eucharistie, notamment de la Sainte Messe. Il rappelle avec vigueur la doctrine, toujours très actuelle, du saint concile de Trente sur ce qu'il y a de plus grand et de plus divin sur la terre.

Le respect de nos églises

Le but principal de la présente intervention est de rappeler aux membres du clergé le respect dû à nos églises qui deviennent de plus en plus des lieux de récréations, de rencontres diverses. Non seulement on y parle tout haut comme si l'on était dans une gare, une cuisine, un salon, mais on se permet parfois même de servir du café et de légers goûters !... On dit parfois que, maintenant, on peut parler dans les églises, mais on ne se préoccupe pas de savoir qui a inventé cette nouvelle mode !... Aucun document officiel de l'Église n'autorise dans nos églises un tel sans-gêne, qui est aux antipodes de la foi authentique envers la Sainte Eucharistie!

Un tel sans-gêne est un moyen très efficace pour vider nos églises; en effet, comment les fidèles, qui sont fréquemment les témoins d'un tel manque de foi, peuvent-ils ensuite être attirés à venir prier dans nos églises et y adorer le Saint-Sacrement ?... Certains diront: "Mais la chose se fait partout!..." Quand il s'agit d'un mal, peu importe que beaucoup s'en rendent coupables !... Alors, on n'a pas le droit d'aligner notre conduite sur "ce qui se fait", mais plutôt sur "ce qui doit se faire"!...

La théologie ascétique et mystique signale que les débutants dans la vie spirituelle sont portés à une familiarité de mauvais aloi avec Dieu. Toutefois, quand l'Esprit-Saint commence à les purifier intérieurement et qu'Il poursuit cette purification, il fait comprendre, dans les larmes du repentir, l'inconséquence de la familiarité avec un Dieu trois fois saint.

Lorsque Jésus a chassé les vendeurs du Temple, il leur a dit: "Ma maison sera appelée une maison de prière; et vous, vous en faites un repaire de brigands". (Mt 21,13). A ceux qui prennent des "récréations" dans nos églises ou chapelles, on pourrait reprendre ces paroles de Notre-Seigneur en les modifiant ainsi: "Ma maison sera appelée une maison de prière; et vous, vous en faites un lieu de récréation!..." Ce sans-gêne dans nos églises se rencontre fréquemment, surtout au moment du baiser de paix, durant la célébration eucharistique. Ce moment ressemble parfois à une récréation collective, alors qu'on laisse seul sur l'autel le Seigneur des seigneurs !... Aucun protocole humain, destiné à rendre à un dignitaire terrestre le respect qui lui est dû, ne permet une telle inconséquence !... Et le Christ, réellement présent sur l'autel, revêt une dignité infiniment plus grande que n'importe quel dignitaire humain !...

Pour mieux comprendre le respect que la vertu de foi exige que nous accordions à nos églises, il sera opportun de considérer l'infinie et divine majesté du Christ qui y est présent dans la Sainte Eucharistie, ainsi que les principales fonctions qui y sont exercées par le sacerdoce des prêtres. Voilà des points de doctrine et de pastorale, sur lesquels il est urgent d'attirer l'attention!...

La grandeur de la Sainte Eucharistie

Au sujet de la Sainte Eucharistie, le IIè concile du Vatican affirme que le Christ est présent "au plus haut point sous les espèces eucharistiques". (SC 7) En effet, le Christ est vraiment présent dans les Tabernacles de nos églises tout autant qu'il est présent dans le Ciel, où il est adoré par les anges et les saints. (Ap 7, 9-12) La révérence qu'on accorde à la Sainte Eucharistie dans nos églises est loin de ressembler à celle que l'Agneau reçoit dans le Ciel !... Au contraire on feint souvent de l'oublier: ce qui constitue une abomination, car le tabernacle est l'extension du ciel. Comme l'indique l'Apocalypse, l'Agneau est loué dans le Ciel par les anges et les saints, mais l'Agneau de Dieu est réellement présent dans le Tabernacle autant que dans le Ciel.

En effet, Jésus et son humanité ne sont pas multipliés par les hosties consacrées, mais c'est uniquement sa présence qui est multipliée. Même si elle est glorifiée, l'humanité de Jésus demeure matérielle et la théologie distingue deux aspects de la quantité de la matière: 1) Il y a la quantité externe, qui est la disposition des parties d'un tout dans un lieu; 2) et la quantité interne, qui est la disposition des parties dans le tout lui-même. Et comme c'est la quantité externe qui est le fondement de la distance entre deux êtres matériels et que, dans la Sainte Eucharistie, le Christ est présent seulement avec sa quantité interne, l'humanité du Christ n'est pas multipliée par les nombreuses hosties consacrées répandues sur la terre entière, mais elle demeure une et c'est seulement sa présence qui est multipliée à travers le monde.

En conséquence, il faut croire que c'est un crime de lèse-majesté divine de reléguer le Tabernacle de nos églises a l'écart, alors que toute la cour céleste s'y trouve réunie pour adorer et louer le Christ Jésus !...

Grandeur de la Sainte Messe

Après la personne adorable du Christ réellement présent dans la Sainte Eucharistie, il n'y a rien de plus grand et de plus important sur la terre que la célébration de la Sainte Messe. Le IIè concile du Vatican affirme que "toute célébration liturgique, en tant qu'oeuvre du Christ-Prêtre et de son Corps qui est l'Église, est l'action sacrée par excellence, dont nulle action de l'Église ne peut atteindre l'efficacité au même titre et au même degré". (SC 7)

Le Sacrifice eucharistique est tellement grand que même les anges ne peuvent le comprendre entièrement. Il est la source et le pôle de toute la liturgie et de toute la vie du Corps mystique, d'une façon absolument unique. Sans doute, le mystère est partout dans l'Église, mais il atteint son sommet dans la célébration eucharistique, qui constitue le renouvellement ou plutôt l'actualisation du Sacrifice de la Croix.

Le Sacrifice eucharistique véhicule jusqu'à nous la rémission des péchés méritée par le Christ sur la Croix, il nous met en contact direct avec la Croix, il est une présence opérative et réelle du Sacrifice même de la Croix. Ce dernier sacrifice n'est pas répété, mais il persévère par la répétition du rite non sanglant; ce qui est renouvelé, ce n'est pas le sacrifice lui-même, mais c'est le rite extérieur, le sacrement, la consécration, la célébration du Sacrifice de la Croix.

Après la personne du Christ, il n'y a rien de plus important, dans toute la création, spirituelle autant que matérielle, que le Sacrifice eucharistique, qui est le Sacrifice même de la Croix. Ainsi, il est la source de toutes les grâces, source qu' on ne pourra jamais épuiser ni même diminuer!... Au cours de la célébration eucharistique, les mérites infinis de la Passion du Christ exercent sur nos âmes une telle influence que nous sommes comme inondés de l'abondance des biens célestes, selon la mesure de nos bonnes dispositions. Le Sacrifice eucharistique, étant substantiellement le même que celui de la Croix, plaît à Dieu plus que ne lui déplaisent tous les péchés du monde. Il est le moyen par excellence d'appliquer à l'humanité pécheresse les mérites infinis du Rédempteur.

La célébration eucharistique dépasse en importance toutes les oeuvres apostoliques et même le ministère des anges, qui sont pourtant d'une nature plus élevée que celle d'un homme prêtre. Elle doit être pour le prêtre sa plus haute fonction pastorale; en effet, elle est le point culminant de la vie apostolique, et c'est de ce sommet que doit descendre comme un fleuve la prédication vivante de la parole de Dieu.

Efficacité spirituelle de la Messe

Les quatre fins du Sacrifice eucharistique sont les mêmes que celles de la Croix; elles sont l'adoration, l'action de grâce, la propitiation et l'impétration. Les deux premières fins sont relatives à Dieu et les deux autres concernent les hommes; néanmoins, il faut remarquer que le Sacrifice eucharistique, tout comme le Sacrifice de la Croix, est ordonné en premier lieu au culte dû à Dieu et secondairement au bien surnaturel et naturel des hommes.

Par rapport aux effets relatifs à Dieu, c'est-à-dire l'adoration et l'action de grâces, le Sacrifice eucharistique a une efficacité infinie et infaillible. Quant aux effets relatifs à nous, c'est-à-dire les effets propitiatoires et impétratoires, ils sont mesurés par nos dispositions intérieures, par la ferveur habituelle du prêtre qui célèbre, par celle des fidèles qui y assistent ou pour qui il est offert, et même par la sainteté universelle de l'Église. Ces effets sont produits infailliblement par la célébration eucharistique elle-même, mais ils sont limités et conditionnés en nous par nos dispositions. Ce ne sont pas nos dispositions intérieures qui donnent au Sacrifice eucharistique sa puissance de sanctification, mais elles lui permettent de la déployer en nous. On peut donc conclure que les fruits du Sacrifice eucharistique peuvent être accrus par la piété du prêtre célébrant et par celle des fidèles qui offrent le sacrifice avec lui.

Les effets de la Messe relatifs à nous

Les effets de la Messe relatifs à nous sont propitiatoires et impétratoires. Les effets propitiatoires peuvent être considérés sous deux aspects différents: propitiatoires proprement dits, c'est-à-dire la rémission des péchés, et satisfactoires, c'est-à-dire la rémission des peines dues à nos péchés pardonnés. Les effets impétratoires concernent tous les biens spirituels et temporels, nécessaires ou utiles au salut.

En tant que sacrifice propitiatoire, la Messe obtient aux pécheurs qui n'y mettent pas d'obstacles, la grâce actuelle qui les incite à se repentir et à confesser leurs fautes. La Messe remet nos péchés, en tant qu'elle obtient la grâce du repentir: si nous ne résistons pas à cette grâce, nos péchés nous sont pardonnés.

À ce sujet, le concile de Trente a défini ce qui suit: "Ce sacrifice [de la Messe] est vraiment propitiatoire; par lui, si nous nous approchons de Dieu avec un coeur sincère, avec une foi droite, avec crainte et respect, contrits et pénitents, "nous obtenons miséricorde et nous trouvons la grâce, pour une aide opportune" (He 4, 16). Apaisé par cette oblation, le Seigneur, en accordant la grâce et le don de la pénitence, remet les crimes et les péchés, si. grands soient-ils" (Denz 940).

La Sainte Messe contribue donc au pardon des péchés. Cependant ce pardon des péchés est moral seulement (ex opere operantis), et non physique (ex opere operato) comme dans le cas des sacrements de baptême et de pénitence. Ce pardon est aussi faillible, car il est conditionné par la coopération de l'homme.

D'après le concile de Trente, la Sainte Messe procure donc la rémission des péchés, mais d'une manière différente que ne le procure le sacrement de pénitence. Il convient donc que les prêtres et les fidèles prennent conscience d'un tel bienfait en assistant à la Messe. La confession sacramentelle ne peut être fréquente, du moins le plus souvent, tandis que l'assistance à la Messe peut être quotidienne !...

Prêcher sur l'importance de la Messe

En dépit de sa suprême importance, la Sainte Messe est quelque chose qui est peu connu pour la plupart des fidèles ... et peut-être pour plusieurs prêtres ! ... C'est pourquoi il faut prêcher sur la Messe, l'expliquer en détails et montrer son importance. Le proverbe: "La bouche parle de l'abondance du coeur" peut être transformé ainsi: "La bouche se tait, quand le coeur est vide":... Il semble que la plupart des prêtres ne savent pas quoi dire sur la Messe !...

Cependant le concile de Trente "ordonne aux pasteurs et tous ceux qui ont charge des âmes d'expliquer fréquemment, au cours de la célébration des messes, par eux-mêmes ou par l'un des textes qui sont lus à la messe et, entre autres, d'éclairer le mystère de ce sacrifice, surtout les dimanches et les jours de fête". (Denz 946) Une très large proportion des catholiques ne "pratiquent" plus; ils n'assistent plus à la Messe le dimanche, parce qu'ils ne la comprennent pas. Mais si les prêtres font si rarement de la Messe l'objet de leur sollicitude, c'est parce qu'eux-mêmes savent trop peu de la Messe, c'est parce qu'ils n'ont pas avec la Messe les relations désirables et essentielles.

La Messe, Sacrifice du Christ avant d'être un repas

Contre une idée qui se généralise de plus en plus, il convient de préciser que la Messe est d'abord et avant tout le renouvellement, ou plus précisément l'actualisation du Sacrifice de la Croix; elle est secondairement un repas... Contre les Protestants qui ne reconnaissent pas d'autre sacrifice que celui de la Croix, et qui nient le caractère sacrificiel de la Messe pour ne conserver que le repas sacré de la Cène, le concile de Trente a défini ce qui suit: "Si quelqu'un dit qu'à la Messe on n'offre pas à Dieu un sacrifice véritable et authentique, ou que cette offrande est uniquement dans le fait que le Christ nous est donné en nourriture, qu'il soit anathème". (Denz 948)

De plus, la Messe doit être centrée sur le Christ et non sur les fidèles. Elle est d'abord et avant tout un acte de culte divin, avant d'être un acte de fraternité. Il faut rappeler encore que la Messe n'est pas seulement un mémorial; elle est le sacrifice du Christ renouvelé et actualisé, chaque fois qu'on le célèbre : "quotiescumque"!... On ne peut la définir comme un rassemblement, pas plus qu'un événement ne dépend, pour exister, du nombre de personnes qui y assistent. En réalité, le prêtre ne "préside" pas la Messe, il est le sacrificateur, offrant la victime avec le Christ et à sa place.

À la Messe, le prêtre est Jésus-Christ, non pas l'Esprit-Saint

Une nouvelle théorie est apparue en Allemagne, au cours des années 30, et qui se répand de plus en plus, selon laquelle la Personne divine présente et active dans la célébration eucharistique est l'Esprit-Saint... c'est lui qui serait le liturge principal !... Or, il faut affirmer que cette théorie est absolument inacceptable, au point de vue théologique.

En effet, Jésus est le prêtre principal du sacrifice de la Messe et il y concourt d'une façon actuelle. Il continue de vouloir s'offrir par le ministère des prêtres; de plus, il est, comme homme, l'instrument conscient et volontaire pour produire actuellement la transsubstantiation et les grâces qui dérivent du Sacrifice de la Messe.

C'est donc comme homme que Jésus est prêtre. En effet, son sacerdoce relève directement de son humanité, qui est le principe radical de toutes ses actions sacerdotales. Par contre, son sacerdoce relève indirectement de sa divinité, qui confère une valeur infinie à ses actions sacerdotales. A cause de son union hypostatique avec son humanité, Jésus est prêtre et médiateur entre Dieu et les hommes; il touche ainsi les deux extrêmes a réconcilier, c'est-à-dire Dieu et l'humanité.

Lorsque le prêtre prononce les paroles de la Consécration à la Messe, il n'agit pas en son propre nom, ni même au nom de l'Église, mais au nom du Christ lui-même, dont il n'est que le ministre et l'instrument. C'est Jésus qui donne aux paroles de la Consécration leur vertu transsubstantiatrice, capable de convertir, ici et maintenant, la substance du pain en celle de son Corps et celle du vin en celle de son Sang.

En nous reportant au concile de Trente, nous retrouvons la doctrine expresse et infaillible de l'Église à ce sujet. En effet, au sujet du Sacrifice de la Messe, on peut lire ce qui suit: "C'est une seule et même victime [le Christ], c'est le même qui offre [le Christ] maintenant par le ministère des prêtres, qui s'est offert lui-même alors sur la Croix; seule, la manière d'offrir diffère". (Denz 940)

L'Incarnation du Verbe de Dieu était directement ordonnée à la Rédemption du monde, qui s'est opérée par la mort du Christ sur la Croix. Et la célébration eucharistique est précisément le renouvellement, ou plus précisément l'actualisation du Sacrifice de la Croix. Et comme c'est le Christ seul qui a opéré le sacrifice rédempteur de la Croix, c'est aussi Ie Christ seul, et non pas l'Esprit-Saint, qui réalise le Sacrifice de la Messe. Sans doute, Dieu le Père et l'Esprit-Saint sont présents et actifs dans la célébration eucharistique, mais c'est seulement en vertu de la circumincession, découlant de l'unité de la nature divine, et non pas substantiellement comme le Christ.

Un théologien


Les Repas de fraternité

Dans la revue diocésaine publiée par l'Archevêché de Montréal, Vivre en Église du 22 mars 2004, page 162, M. François Gloutnay présente ainsi le site Web des repas de fraternité (www.repasdefraternite.org):

Une simple idée est lancée. Des groupes se forment pour l'étudier. Des penseurs et spécialistes en examinent les avantages et les limites et lancent un livre sur le sujet. La synthèse de toutes ces réflexions devient un manifeste qui est distribué massivement. Voilà qu'une simple hypothèse suscite un élan, modifie des habitudes, change des mentalités. Ainsi naissent et vivent les idées, y compris dans l'Église. Voyons cet exemple. Des amis rassemblés par le Relais Mont-Royal constatent que la forme actuelle de célébration de la messe ne permet plus de faire communauté, une situation qui n'ira qu'en s'aggravant avec la diminution des lieux de rassemblement. Aussi lancent-ils cette idée: "la redécouverte par les chrétiens d'un repas fraternel nourri d'Évangile, célébré dans un cadre domestique, peut être une route dans laquelle s'engager".

Dans ces "repas de fraternité", des laïcs invitent leurs frères et leurs soeurs autour d'une table afin de partager le pain et la parole. "Ce pain devient un pain sacré dans la mesure où il est partagé. Car la présence réelle, c'est quand nous partageons un pain ensemble".

Un livre collectif naîtra de cette idée: Le repas aujourd'hui... en mémoire de Lui, chez Fides-Médiaspaul. Signé notamment par des animateurs du Relais Mont-Royal et des universitaires: Mario Bard, Paul Benoît, Georges Convert, André Gouzes, Xavier Gravend-Tirole, Richard Guimond, Guy Lapointe, Odette Mainville, Monique Morval, André Myre et Sophie Tremblay, le livre devient un "Manifeste pour les repas de fraternité", courte déclaration que l'on peut signer dans le site Web du collectif. Un site appelé à grandir si ces repas permettent de refaire communauté.

Vers une nouvelle messe

Ce que propose en fait le manifeste pour les repas de fraternité est une nouvelle messe, à saveur vétéro-testamentaire et protestante, célébrée par des laïcs autour d'une table, où l'on partage ensemble le pain et la parole. Le pain que l'on partage ensemble, soutient le manifeste, "devient un pain sacré dans la mesure où il est partagé. Car la présence réelle, c'est quand nous partageons un pain ensemble." Dans le language des Pères et des liturgies anciennes, le "pain sacré" , c'est, sans équivoque, la sainte Eucharistie. Il s'agit du pain de vie, promis et donné par Jésus-Christ au monde, et qui est sa propre chair : "C'est moi qui suis le pain vivant descendu du ciel ; si quelqu'un mange de ce pain, il vivra à jamais ; et le pain que je donnerai est ma chair pour la vie du monde" (Jn 6,51).

C'est dans le cadre de la célébration de la Pâque juive, qui était un repas sacrificiel d'action de grâces pour la délivrance d'Égypte, que Notre-Seigneur Jésus-Christ a institué le sacrifice eucharistique, qui est la Pâque du Nouveau Testament. C'est alors qu'il a réalisé la promesse qu'il avait faite, dans son discours après la Cène, de donner au monde le vrai pain venant du ciel, pain divin vivant et vivifiant. Ce que Jésus a fait à la dernière Cène ne peut en aucune façon être séparé du sacrifice du Calvaire, où l'Agneau de Dieu a été physiquement immolé, où son corps a été entièrement livré et tout son sang répandu en rémisssion des péchés. C'est en mémoire de ce sacrifice rédempteur, comme aussi de sa résurrection et de son ascension au ciel qui en sont le couronnement, que la sainte messe se célèbre chaque jour dans l'Église. La messe n'est pas seulement un repas fraternel ; c'est avant tout le sacrifice de la croix - lequel donne tout son sens à l'Eucharistie du Jeudi-Saint - qui est rendu de nouveau présent sur l'autel avec ses mérites infinis. Tel est l'enseignement de l'Église, affirmé solennellement dans la constitution conciliaire Sacrosanctum Concilium, au no. 47 :

"Notre Sauveur, à la dernière Cène, la nuit où il était livré, institua le sacrifice eucharistique de son Corps et de son Sang pour perpétuer le sacrifice de la croix au long des siècles, jusqu'à ce qu'il vienne, et en outre pour confier à l'Église, son épouse bien-aimée, le mémorial de sa mort et de sa résurrection : sacrement de l'amour, signe de l'unité, lien de la charité, banquet pascal dans lequel le Christ est mangé, l'âme est comblée de grâce, et le gage de la gloire future nous est donné".

Le pape Paul VI, dans l'admirable profession de foi catholique qu'il faisait pour clotûrer l'Année de la foi, le 30 juin 1968, rappelle ainsi la foi que l'Église a toujours professée concernant la sainte messe :

"Nous croyons que la messe célébrée par le prêtre représentant la personne du Christ en vertu du pouvoir reçu par le sacrement de l'ordre, et offerte par lui au nom du Christ et des membres de son Corps mystique, est le sacrifice du calvaire rendu sacramentellement présent sur nos autels. Nous croyons que, comme le pain et le vin consacrés par le Seigneur à la Sainte Cène ont été changés en son corps et en son sang qui allaient être offerts pour nous sur la croix, de même le pain et le vin consacrés par le prêtre sont changés au corps et au sang du Christ glorieux siégeant au ciel, et nous croyons que la mystérieuse présence du Seigneur, sous ce qui continue d'apparaître à nos sens de la même façon qu'auparavant, est une présence vraie, réelle et substantielle".

Plus récemment encore, Jean-Paul II, dans sa lettre encyclique Ecclesia de Eucharustia (L'Église vit de l'Eucharistie) du Jeudi-Saint 2003, en tant que Pasteur suprême de l'Église, témoigne d'une façon fort touchante de sa foi dans l'Eucharistie :

"La nuit même où il était livré, le Seigneur Jésus" (I Co 11,23) institua le Sacrifice eucharistique de son Corps et de son Sang. Les paroles de l'Apôtre Paul nous ramènent aux circonstances dramatiques dans lesquelles est née l'Eucharistie, qui est marquée de manière indélébile par l'événement de la passion et de la mort du Seigneur. Elle n'en constitue pas seulement l'évocation, mais encore la re-présentation sacramentelle. C'est le sacrifice de la Croix qui se perpétue au long des siècles. On trouve une bonne expression de cette vérité dans les paroles par lesquelles, dans le rite latin, le peuple répond à la proclamation du "mystère de la foi" faite par le prêtre : "Nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus".

L'Église a reçu l'Eucharistie du Christ son Seigneur non comme un don, pour précieux qu'il soit parmi bien d'autres, mais comme le don par excellence, car il est le don de lui-même, de sa personne dans sa sainte humanité, et de son oeuvre de salut. Celle-ci ne reste pas enfermée dans le passé, puisque "tout ce que le Christ est, et tout ce qu'il a fait et souffert pour tous les hommes, participe de l'éternité divine et surplombe ainsi tous les temps..."

Quand l'Église célèbre l'Eucharistie, mémorial de la mort et de la résurrection de son Seigneur, cet événement central du salut est rendu réellement présent et ainsi "s'opère l'oeuvre de notre rédemption". Ce sacrifice est tellement décisif pour le salut du genre humain que Jésus-Christ ne l'a accompli et n'est retourné vers le Père qu'après nous avoir donné le moyen d'y participer comme si nous y avions été présents. Tout fidèle peut ainsi y prendre part et en goûter les fruits d'une manière inépuisable. Telle est la foi dont les générations chrétiennes ont vécu au long des siècles. Cette foi, le Magistère de l'Église l'a continuellement rappelée avec une joyeuse gratitude pour ce don inestimable. Je désire encore une fois redire cette vérité, en me mettant avec vous, chers frères et soeurs, en adoration devant ce Mystère : Mystère immense, Mystère de miséricorde. Qu'est-ce que Jésus pouvait faire de plus pour nous ? Dans l'Eucharistie, il nous montre vraiment un amour qui va "jusqu'au bout" (cf. Jn 13,1), un amour qui ne connaît pas de mesure ".

Après de si précieux témoignages du Magistère de l'Église sur le sacrifice eucharistique et la présence réelle du Christ-Jésus sous les espèces du pain et du vin, comment peut-on penser que, la forme actuelle de la célébration de la messe ne permettant plus de faire communauté, on pourrait la remplacer par la forme d'un repas fraternel nourri d'Évangile, célébré par des laïcs dans un cadre domestique? Serait-ce pour se conformer à l'esprit protestant ou encore en vue d'adopter la manière juive de célébrer la Pâque du Seigneur ?

S'engager dans la voie des "repas de fraternité" comme succédanés de la messe, consiste très certainement à prendre une fausse route : une route qui ne mène nulle part sinon à la perte de la foi catholique. On ne pourra remédier à la désertion de la pratique religieuse qu'en prenant conscience de ses causes profondes, dont les principales sont la perte même du sens de Dieu, l'ignorance ou la méconnaissance de la Personne et de l'oeuvre de Jésus-Christ, un certain mépris de l'Église fondée sur Pierre et du sacerdoce catholique, la perte du sens de l'adoration, la perte du sens du péché et de la nécessité absolue de la pénitence pour parvenir au salut éternel. Dans la mesure où la célébration de la messe ne laisse pas assez transparaître Jésus-Christ, où la liturgie eucharistique dévie de son centre, qui est la croix glorieuse, il y a lieu de procéder à une réforme, mais non à une transformation.

Les repas de fraternité préconisés comme une nouvelle forme de messe laissent présager l'extension de l'hérésie protestante à l'intérieur de l'Église. Tout se passe comme si le mouvement oecuménique avait enlevé au protestantisme son caractère subversif de la vraie foi. Aura-t-on lieu de se réjouir comme d'un succès pastoral lorsque feront exception ceux qui croiront encore à la présence réelle de Jésus dans l'Eucharistie, au sacrifice de la croix rendu présent sur l'autel, à la nécessité du sacerdoce pour confectionner les sacrements, et particulièrement l'Eucharistie ? Jusqu'à quand les fidèles pourront-ils se réunir, non pas autour d'une table pour partager le pain et la parole, mais autour du don par excellence que Jésus a fait à son Église dans son Eucharistie, c'est-à-dire autour de son Corps et de son Sang ?

J.R.B.


L'histoire de Matt Talbot

Ne jamais désespérer de la miséricorde de Dieu

Dans une rue de Dublin (Irlande), le dimanche de la Trinité, 7 juin 1925, au matin, un homme qui se rend vers une église voisine, s'effondre subitement, mort. Son corps, transporté à l' hôpital, est lavé par une religieuse infirmière; la stupéfaction de celle-ci est grande lorsqu'elle découvre, en enlevant les vêtements du défunt, une chaîne, d'où pendent des médailles pieuses, enroulée deux fois autour de la taille. D'autres chaînes ou cordes entourent les jambes et les bras. Bien que ces chaînes rouillées se soient enfoncées dans la peau, le corps est d'une impeccable propreté. Qui était donc cet homme ? S'agit-il d'un fou ou d'un saint?

De la bière au whisky

Mart Talbot est né à Dublin en mai 1856, sixième enfant d'une famille qui en comptera douze. Jeune garçon, on le met à l'école des Frères de la Doctrine Chrétienne, où il ne réussit guère dans ses études. À l'âge de douze ans, il s'embauche dans une firme de mise en bouteilles de bière. Travaillant dans une atmosphère chargée d'alcool, il suit bientôt les mauvais exemples des autres employés et se met à vider les fonds de bouteilles. Le voyant rentrer tous les soirs anormalement gai, son père intervient et lui trouve un autre travail, sous sa propre surveillance, au comité du port et des docks. Mais la situation de Matt s'aggrave: il prend l'habitude de jurer et d'employer le langage brutal des dockers; pour comble, ses nouveaux compagnons de travail l'initient au whisky ! Son père tente la persuasion, en vient au bâton, rien n'y fait. Au désespoir de ses parents, Matt se soustrait à l'autorité paternelle et sombre dans l'ivrognerie. Pourtant, le jeune homme a bon coeur. Comprenant le déshonneur qu'il inflige à son père, il quitte les docks et s'engage comme maçon. Il passe alors toutes ses soirées au cabaret et rentre régulièrement ivre ; tout son salaire est dépensé en boisson. Il sombre à tel point dans le vice que parfois il recourt au vol pour se procurer de l'alcool.

Son corps se détruit lentement. Mais, plus grave encore est le péché qui donne la mort à l'âme : l'usage intempérant de la boisson offense le Créateur. Par l'alcoolisme, de même que par la drogue, l'homme se prive volontairement de l'usage de la raison, l'attribut le plus noble de la nature humaine. Ce désordre, lorsqu'il est accompli en connaissance de cause et volontairement, constitue une faute grave contre Dieu et aussi contre le prochain que l'on s'expose, dans l'état d'ivresse, à offenser gravement. Comme tout péché grave, un tel abus entraîne la perte de l'état de grâce, le plus grand malheur qui puisse arriver à l'homme. En effet, l'homme n'a pas de bien plus précieux que l'amitié de Dieu ; or, cette amitié se perd par le péché grave. Notre-Seigneur

met en garde ses disciples contre un tel malheur : Si quelqu'un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors comme le sarment et il se dessèche; les sarments secs, on les ramasse, on les jette au feu, et ils brûlent (Jn 15, 6). Par ces paroles, Jésus nous révèle le sort réservé à ceux qui rejettent l'amitié divine offerte à tout homme en vertu de l'Incarnation rédemptrice. Un tel rejet conduit à la mort éternelle, l'enfer, dont le Catéchisme de l'Église Catholique (CEC) nous dit: "Jésus parle souvent de la géhenne du feu qui ne s'éteint pas, réservée à ceux qui refusent jusqu'à la fin de leur vie de croire et de se convertir, et où peuvent être perdus à la fois l'âme et le corps. Jésus annonce en termes graves qu'Il enverra ses anges, qui ramasseront tous les fauteurs d'iniquité (...), et les jetteront dans la fournaise ardente, et qu'il prononcera la condamnation: Allez loin de moi, maudits, dans le feu éternel! L'enseignement de l'Église affirme l'existence de l'enfer et son éternité. Les âmes de ceux qui meurent en état de péché mortel descendent immédiatement après la mort dans les enfers, où elles souffrent les peines de l'enfer, le feu éternel. La peine principale de l'enfer consiste en la séparation éternelle d'avec Dieu en qui seul l'homme peut avoir la vie et le bonheur pour lesquels il a été créé et auxquels il aspire. Les affirmations de la Sainte Écriture et les enseignements de l'Église au sujet de l'enfer sont un appel à la responsabilité avec laquelle l'homme doit user de sa liberté en vue de son destin éternel. Elles constituent en même temps un appel pressant à la conversion: Entrez par la porte étroite. Car large et spacieux est le chemin qui mène à la perdition, et il en est beaucoup qui le prennent; mais étroite est la porte et resserré le chemin qui mène à la Vie, et il en est peu qui le trouvent (Mt 7, 13-14) " (CEC, 1034-36).

Le renoncement au péché et la conversion à Dieu sont nécessaires pour quiconque désire la vie éternelle. À la question du jeune homme qui demande: Maître, que dois-je faire de bon pour avoir la vie éternelle? Jésus répond: Si tu veux entrer dans la vie, observe les commandements (Mt 19, 16-17). Saint Benoît ne tient pas un autre langage au disciple qui se présente pour entrer dans la vie monastique: "Le Seigneur attend de nous que nous répondions chaque jour par nos oeuvres à ses saintes leçons. S'il prolonge comme une trêve les jours de notre vie, c'est pour l'amendement de nos péchés, selon cette parole de l'Apôtre: Ignores-tu que la patience de Dieu te convie à la pénitence? Car ce doux Seigneur affirme : Je ne veux pas la mort du pécheur, mais qu'il se convertisse et qu'il vive... Il faut donc préparer nos coeurs et nos corps aux combats de la sainte obéissance à ses commandements. Quant à ce qui manque en nous aux forces de la nature, prions le Seigneur d'ordonner à sa grâce de nous prêter son aide. Et si, désireux d'éviter les peines de l'enfer, nous voulons parvenir à la vie éternelle, tandis qu'il en est temps encore et que nous sommes en ce corps et que nous pouvons accomplir tout cela à la lumière de cette vie, courons et faisons, dès ce moment, ce qui nous profitera pour toute l'éternité " (Règle, Prologue). Ainsi, il ne faut pas remettre au lendemain la conversion, comme le remarquait saint Jean Chrysostome: " Songeons à notre salut, ne tardez pas à vous convertir au Seigneur, et ne différez pas de jour en jour (Si 5,7); car vous ne savez pas ce que produira le jour de demain... Vous vous êtes enivrés, vous vous êtes chargé le ventre, vous avez pratiqué la rapine ? Arrêtez-vous maintenant, rebroussez chemin; rendez grâces à Dieu de ne vous avoir pas enlevés au milieu de vos péchés... Considérez que c'est de votre âme que vous discutez l'intérêt..." (Homélie sur la 2' épître aux Corinthiens).

Un coup de la grâce

Malgré son état d'avilissement, Matt conserve quelque honnêteté. Il n'a pas de liaison coupable; chaque matin, quelles qu'aient été les libations de la veille, il est sur pied à six heures pour se rendre au travail ; enfin, il reste fidèle à la Messe dominicale, même s'il ne reçoit pas les sacrements. Un samedi de 1884, la grâce divine vient frapper à sa porte. Après avoir été au chômage pendant une semaine, Matt, âgé de 28 ans, se trouve sans argent et dans l'impossibilité de s'acheter de la boisson. Et pourtant, l'envie le tenaille. Vers midi, il va se poster avec son jeune frère, Philippe, à un coin de rue où passent les ouvriers après avoir touché leur paye : sûrement l'un ou l'autre va-t-il l'inviter à prendre un verre. Les ouvriers passent, le saluent, mais aucun ne l'invite. Matt est piqué au vif; être frustré d'alcool lui coûte beaucoup, mais il est surtout blessé par la dureté de ses compagnons à qui il a fréquemment offert une tournée au cabaret. Brusquement, il rentre à la maison. Sa mère est toute surprise de le voir arriver si tôt, et sans avoir bu. Sa mère! Matt est saisi de la pensée qu'il a été si ingrat envers elle. Il n'a presque rien donné à ses parents en guise de pension (tout son argent servait à acheter de la boisson!) et maintenant, il a le coeur déchiré de les avoir laissés peiner seuls, alors que lui allait boire de façon égoïste. À cette époque en Irlande, il n'est pas rare, pour un homme qui veut se défaire de la boisson, de faire un voeu. Après le repas, resté seul avec sa mère, Matt dit tout à coup : "Je m'en vais faire le voeu de tempérance. - Pour Dieu ! Va le faire, mais ne le prononce pas si tu ne veux pas l'observer ! - Je le prononcerai, au nom de Dieu ". Après s'être habillé avec soin, il se rend au Collège Sainte-Croix, demande un prêtre et se confesse ; sur le conseil prudent de celui-ci, Matt prononce son voeu pour une durée de trois mois. Le lendemain, il va entendre la Messe de cinq heures à l'église Saint-François-Xavier, y communie et en revient renouvelé. Mais pour rester fidèle à ce voeu, la lutte sera terrible; aussi, Matt décide-t-il de puiser dans la communion quotidienne la force spirituelle dont il a besoin pour tenir sa résolution. Le moment le plus difficile est le soir, après le travail. Pour éviter la tentation, le nouveau converti se met à faire des promenades en ville. Un jour toutefois, il entre dans un cabaret en même temps que de nombreux clients. Affairé, le barman semble ignorer Matt qui, offusqué de cette inattention, sort en toute hâte de la salle, bien décidé à ne plus jamais remettre les pieds dans un cabaret.

" Boirai-je encore ? "

Lors de ses promenades, Matt rencontre une autre difficulté : l'alcool a usé sa santé, et il se fatigue vite. Alors, entrant dans une église, à genoux devant le Tabernacle, il se met en prière, suppliant Dieu de le fortifier. Il prend ainsi l'habitude de fréquenter la maison de Dieu. Néanmoins, les trois mois sont longs ; les conséquences du sevrage d'alcool: hallucinations, dépression, nausées, font de ce temps un véritable Calvaire. Par moment, la vieille passion se réveille: il lui faut lutter désespérément et prolonger ses prières. Un jour, rentrant à la maison, il s'affale sur une chaise et dit tristement à sa mère : " Tout cela est inutile, Maman, les trois mois terminés, je boirai encore...". Mais celle-ci le réconforte et l'encourage à prier. Suivant ce conseil à la lettre, Matt prend goût à la prière, et y trouve son salut. En effet, la prière fait sortir de situations humainement désespérées. Pour Dieu tout est possible (Mt 19, 26). Saint Alphonse de Liguori, docteur de l'Église, affirme: "La grâce de prier est donnée à tout le monde, en sorte que si quelqu'un vient à se perdre, il est sans excuse... Priez, priez, priez, et n'abandonnez jamais la prière: celui qui prie, se sauve certainement ; celui qui ne prie pas, se damne certainement" (cf. CEC, 2744). Les trois mois achevés, étonné d'avoir "tenu le coup", Matt renouvelle son voeu pour six mois, au terme desquels il s'engagera pour toujours à ne plus boire d'alcool.

Matt a commencé une vie nouvelle, une vie d'intimité avec Dieu. Le pilier en est la Messe quotidienne. Mais, en 1892, la Messe de cinq heures à laquelle Matt a l'habitude de communier, est supprimée ; la première Messe est désormais à six heures et quart. Malgré la véritable maîtrise qu'il a acquise dans son travail, il n'hésite pas à en changer et s'engage comme simple manoeuvre chez un marchand de bois où le travail ne commence qu'à huit heures. Sa nouvelle besogne consiste à charger les camions. Le soir, dès la fin du travail, il se lave soigneusement, met sa tenue de sortie - car il ne veut pas entrer dans la maison de Dieu avec ses habits de travail - et se rend à l'église pour une visite au Saint-Sacrement. Un jour, il avoue à son confesseur: "J'ai beaucoup désiré le don de la prière, et j'ai été pleinement exaucé". Son existence est désormais totalement orientée vers Dieu, et plus spécialement vers la présence réelle du Seigneur au Tabernacle. " Tant que l'Eucharistie est gardée dans les églises et les oratoires, le Christ est vraiment l'Emmanuel, Dieu avec nous, écrivait le Pape Paul VI. Car jour et nuit, Il est au milieu de nous et habite avec nous, plein de grâce et de vérité ; Il restaure les moeurs, nourrit les vertus, console les affligés, fortifie les faibles et invite instamment à l'imiter tous ceux qui s'approchent de Lui, afin qu'à son exemple ils apprennent à être doux et humbles de coeur, à chercher non leurs propres intérêts, mais ceux de Dieu. Ainsi quiconque entoure le vénérable Sacrement d'une dévotion spéciale, et tâche d'aimer d'un coeur disponible et généreux le Christ qui nous aime infiniment, éprouve et comprend pleinement, avec beaucoup de joie intérieure et de fruit, le prix de la vie cachée avec le Christ en Dieu ; il sait combien il est précieux de s'entretenir avec le Christ car il n'est sur terre rien de plus doux, rien de plus apte à faire avancer dans les voies de la sainteté " (Encyclique Mysterium fidei, 3 septembre 1965).

Signification des chaînes

Matt Talbot nourrit une tendre dévotion envers la Mère de Jésus. Tous les jours, il récite le Rosaire et l'office de la Sainte Vierge. Vers 1912, il fait la lecture du Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge, de saint Louis-Marie Grignion de Montfort. Il y apprend à pratiquer le "saint Esclavage" par la consécration de toute sa personne et de tous ses biens au service de Marie. Comme moyen pratique de vivre dans l'esprit de cet attachement filial à Marie, saint Grignion avait recommandé le port d'une petite chaîne. Telle est la signification des chaînes trouvées sur le corps de Matt Talbot après sa mort.

D'un naturel emporté, Matt en vient à supporter difficilement les jurons et le langage grossier de ses compagnons. Quand ils blasphèment le saint Nom de Dieu, il soulève respectueusement son chapeau. Voyant le geste, les camarades redoublent leurs mauvaises paroles. Au début, Matt les reprend durement, mais par la suite, il se borne à leur dire avec douceur: " Jésus-Christ vous entend ". Un jour, il fait de vifs reproches à son contremaître trop peu généreux pour une souscription charitable. Son patron le rappelle à la déférence et, le lendemain, Matt se présente à son chef: " Notre-Seigneur, déclare-t-il, m'a dit que je devais vous demander pardon : je viens le faire ". Sa vie exemplaire finit par inspirer le respect. Lui, d'ailleurs, se montre un aimable compagnon, toujours le premier à rire d'une bonne plaisanterie, pourvu qu'elle se tienne dans les limites de la décence.

"Vous avez de méchants habits "

A l'imitation des anciens moines irlandais suivant la tradition de saint Colomban, Matt Talbot s'impose un régime alimentaire ascétique, tant en expiation de ses péchés que pour se mortifier et favoriser en lui la vie de l'esprit. Cependant, lorsque des amis l'invitent, il mange comme tout le monde. Entré dans le Tiers-Ordre de saint François, il s'applique à imiter la pauvreté du Christ, réduisant ses besoins au strict minimum, et donnant le reste aux pauvres. Au début de sa conversion, il avait conservé l'habitude de fumer. Un jour, un de ses camarades lui demande du tabac. Il vient tout juste d'acheter une pipe et un sachet de tabac: dans un geste héroïque, il donne l'un et l'autre, et désormais ne fumera plus jamais. Il porte ordinairement des vêtements pauvres et usés, et voilà qu'on lui donne un costume neuf; il veut refuser, mais son confesseur intervient : " Talbot, vous avez de bien méchants habits. On vous offre un costume neuf... - Mon Père, j'ai promis au Bon Dieu de n'en jamais porter de neufs. - Eh bien ! reprend le Père, c'est précisément le Bon Dieu qui vous envoie celui-là ! - Alors, si c'est le Bon Dieu qui me l'envoie, je le prendrai ".

S'il est un luxe que Matt se permet, ce sont les livres : il aime passer du temps à lire, ses lectures préférées étant la Sainte Écriture et les écrits des Saints. En feuilletant la Bible trouvée chez lui après sa mort, on constate qu'il avait une prédilection pour les Psaumes, particulièrement les psaumes de la pénitence dans lesquels le pécheur exprime à Dieu le regret de ses péchés, mais aussi sa confiance inébranlable en la miséricorde divine : Pitié pour moi, Dieu, en ta bonté, en ta grande tendresse efface mon péché, lave-moi tout entier de mon mal et de ma faute purifie-moi.... Rends-moi la joie de ton salut... (Psaume 50 [51] "Miserere"). Il prend aussi quelques notes qui révèlent une élévation de pensée étonnante chez un homme d'une instruction très rudimentaire. On y trouve ces réflexions : " Le temps de la vie n'est qu'une course vers la mort, dans laquelle il n'est permis à aucun homme de s'arrêter... La liberté de l'esprit s'acquiert en se libérant de l'amour-propre, ce qui rend l'âme disposée à faire la volonté de Dieu dans les plus petites choses... L'usage de la volonté consiste à faire le bien, son abus consiste à faire le mal... Dans la méditation, nous cherchons Dieu par le raisonnement et les actes méritoires, mais dans la contemplation, nous l'apercevons sans effort...". Cette vie de prière et de pénitence est confortée par des grâces hors du commun. Un jour, il confie à sa soeur : " Qu'il est malheureux de constater le peu d'amour des hommes pour Dieu !... O Suzanne! Si tu savais la joie profonde que j'ai eue la nuit dernière à m'entretenir avec Dieu et avec sa sainte Mère! " puis, s'apercevant qu'il parle de lui-même, il détourne l'entretien.

La période de 1911 à 1921 est profondément troublée en Irlande : conflits du travail marqués par le chômage et les grèves, lutte pour l'autonomie politique, première guerre mondiale, enfin guerre entre l'Irlande et l'Angleterre. Au milieu de ces troubles, Matt maintient son âme dans la paix. Néanmoins, la cause des ouvriers lui tient à coeur. Il condamne avec franchise l'insuffisance des salaires pour les ouvriers mariés, qu'il aide financièrement autant qu'il le peut. Mais il ne réclame jamais rien pour lui. Quand les camarades abandonnent le travail ou se voient congédiés, il se rend solidaire de leur cause.

" Remercier le Grand Guérisseur "

À l'âge de soixante-sept ans, Matt Talbot est physiquement usé : l'essoufflement et des palpitations du coeur le forcent à ralentir son activité. Après deux séjours à l'hôpital en 1923 et 1925, il se remet tant bien que mal et reprend son travail. Lors de ces séjours, dès qu'il le peut, il se rend à la chapelle. À une religieuse qui lui reproche la frayeur qu'il lui a causée en disparaissant de sa chambre, il répond en souriant : "J'ai remercié les religieuses et les médecins, n'était-il pas juste de remercier le Grand Guérisseur ? ". Le dimanche 7 juin 1925, il s'achemine vers l'église du Saint-Sauveur. Épuisé, il s'affaisse sur le trottoir. Une dame lui présente un verre d'eau. Matt ouvre les yeux, sourit et laisse retomber la tête : c'est la grande rencontre si désirée avec le Christ qui est venu appeler non pas les justes mais les pécheurs (Mt 9, 13). En 1975, Matt Talbot a reçu le titre de "Vénérable". Aujourd'hui, de nombreuses oeuvres destinées à secourir les victimes de l'alcool et de la drogue se placent sous son patronage.

Matt Talbot est un modèle pour tous les hommes. Aux victimes de l'alcoolisme ou de la drogue, il démontre par son exemple qu'avec la grâce de Dieu il est possible d'en sortir. "Les dépendances face à l'alcool sont parfois si fortes que les proches de la personne alcoolique sont portés à penser que jamais elle ne s'en sortira, et la personne alcoolique a elle-même la tentation de désespérer. Il est bon alors de se souvenir de la Résurrection de Jésus. Celle-ci nous rappelle que l'échec n'est jamais le dernier mot de Dieu" (Commission sociale des évêques de France, déclaration du 1er décembre 1998). À ceux qui sont esclaves d'autres péchés (idolâtrie, blasphème, avortement, euthanasie, contraception, adultère, débauche, homosexualité, masturbation, vol, faux témoignage, diffamation , etc.), il rappelle qu'il ne faut "jamais désespérer de la miséricorde de Dieu ", selon la recommandation de saint Benoît (Règle, ch. 4). Notre-Seigneur a promis à sainte Marguerite-Marie que les pécheurs trouveraient dans son Coeur la source et l'océan infini de la miséricorde. De même que le propre d'un navire est de voguer sur l'eau, de même le propre de Dieu est de pardonner et de faire miséricorde, comme l'affirme l'Église dans l'une de ses prières. Aussi sainte Thérèse de Lisieux, docteur de l'Église, a-t-elle pu écrire à la fin de ses manuscrits : " Quand même j'aurais sur la conscience tous les péchés qui se peuvent commettre, j'irais, le coeur brisé de repentir, me jeter dans les bras de Jésus, car je sais combien Il chérit l'enfant prodigue qui revient à Lui ". Elle ajoutait de vive voix : " Si j'avais commis tous les crimes possibles, j'aurais toujours la même confiance, je sentirais que cette multitude d'offenses serait comme une goutte d'eau jetée dans un brasier ardent ". La vie de Matt Talbot prouve de façon éloquente qu'en se tournant loyalement vers le Seigneur pour demander pardon, on peut, à travers le sacrement de Pénitence, voie ordinaire de la réconciliation avec Dieu, commencer une vie nouvelle sous le regard maternel de Marie.

Vénérable Matt Talbot, obtenez-nous la grâce de nous tourner avec confiance vers la miséricorde divine et d'aller jusqu'au bout des exigences d'un amour passionné pour Jésus et Marie !

Dom Antoine-Marie O.S.B.

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extrait de : Lettre de l'abbaye St-Joseph de Clairval, mars 2004


Pour guérir des maladies de l'âme

Les étapes d'une parfaite guérison

La vie de Matt Talbot, alcoolique invétéré, parfaitement rétabli après un sérieux cheminement spirituel, illustre à merveille les étapes qui mènent infailliblement à la guérison de l'âme, profondément blessée, avilie et affaiblie par la dépendance à l'alcool, comme à toute autre substance ou activité désordonnée.

Il n'est pas difficile de prendre conscience des effets désastreux des dépendances sur la santé physique. Les conséquences physiques des dépendances, même après de longues thérapies, laissent toujours des traces plus ou moins profondes dans l'organisme. Les effets de ces dépendances sur l'âme sont beaucoup plus graves. Ils sont à la fois naturels et surnaturels. Naturels, en ce que l'équilibre intérieur des sens et de la raison se trouve totalement perturbé. Surnaturels en ce que le fondement même de la dignité humaine, qui est sa relation avec Dieu, se trouve méprisé, quand il n'est pas rejeté : d'où un désordre ontologique installé au plus profond de la personnalité. Car nous sommes faits à l'image de Dieu, et donc appelés, pour être réellement nous-mêmes, à participer à la vie même de Dieu. C'est ainsi qu'avant d'être une maladie - ce qu'il est sans doute - l'alcoolisme, comme toute autre dépendance est un désordre moral et spirituel, c'est-à-dire un péché. La personne dépendante, dans la mesure où elle ne réagit pas contre sa dépendance, cherchant même dans sa misère une espèce de confort morbide, ne peut en aucune manière observer le grand commandement de l'amour de Dieu et du prochain.

Pour guérir d'une dépendance, il faut certes prendre les remèdes naturels destinés à rétablir la santé physique et psychique. Mais les remèdes fondamentaux à prendre, sans lesquels les meilleurs remèdes naturels demeureront toujours insuffisants et même décevants, sont les remèdes surnaturels. Car dans tous les cas de dépendance, c'est d'abord l'âme qui est malade : l'âme qui s'est détournée de l'ordre voulu de Dieu et qui, en s'éloignant de la lumière divine, a sombré dans une nuit profonde. C'est seulement Dieu qui peut rendre à l'homme la liberté spirituelle qu'il a perdue. C'est seulement Jésus-Christ, qui peut délivrer une âme de ses esclavages, la sauver de la perdition dans laquelle elle s'enfonce. Comme l'a expérimenté Matt Talbot, Jésus-Christ est le "grand guérisseur" des corps et des âmes, parce qu'il est l'unique Sauveur capable de refaire les âmes, de les recréer, de leur faire retrouver, avec l'innocence première, leur identité originelle, celle que Dieu leur avait donnée à l'origine en les créant.

Ainsi, nous pouvons comprendre que la guérison des dépendances suppose nécessairement et essentiellement un cheminement spirituel, une conversion authentique, où il faut rendre à Dieu la place qui est la sienne et qui avait été usurpée, et nous mettre à notre place. Il s'agit là d'une aventure à la fois périlleuse et merveilleuse. Périlleuse et pénible, en raison des liens qu'il nous faut absolument briser, et que nous serons toujours tentés de préserver, en nous mentant à nous-mêmes, sous l'inspiration de l'esprit malin, qui ne veut pas lâcher sa proie. Merveilleuse dans la mesure où, par la grâce de Dieu, nous devenons capables de laisser Dieu agir, d'être dociles à son action guérissante et d'y coopérer sincèrement.

En vérité, sans la grâce de Dieu, il ne sera jamais possible à un homme, esclave de ses passions, de recouvrer la liberté d'agir en homme. Or, la grâce de Dieu s'obtient d'abord par la prière. La prière doit occuper la première place dans toute entreprise éclairée de guérison des dépendances. C'est par la prière qu'on revient vers Dieu, dont on s'était détourné. La prière illumine la conscience, lui montrant la profondeur de sa misère et l'infinie bonté de Dieu. La prière allume dans le coeur l'espérance du pardon, de la réconciliation, de la paix retrouvée. Matt Talbot a fait l'expérience des bienfaits de la prière sur son âme et sur son corps, sur tout son être, très gravement malade du mal de l'alcoolisme. Dans la prière, il a rencontré personnellement Jésus. Il l'a rencontré d'une façon plus directe et plus puissante encore dans les sacrements de Pénitence et d'Eucharistie. Il a éprouvé jusqu'à quel point le sacrement de pénitence est un sacrement de guérison intérieure. Dans l'Eucharistie il a découvert l'amour délicat et extrêmement fort de Jésus, le revêtant peu à peu de ses vertus et en faisant un homme complètement nouveau.

Dès les débuts du cheminement spirituel, qui l'a mené à la guérison radicale que fut sa conversion, Matt Talbot a été conduit par la Mère de la Grâce, qui a formé dans son coeur son Fils Jésus. Il n'y a pas de doute que la Vierge Marie joue un rôle essentiel dans toute conversion : c'est Elle qui conduit à Jésus, c'est Elle qui fait naître Jésus en nous, c'est Elle qui forme l'homme nouveau en nous. Que par Elle soit rendue à Jésus-Christ, le divin Médecin, le Sauveur de notre pauvre humanité, tout honneur et toute gloire !

J.R.B.



Un Évêque dit la Vérité sur la Contraception

C'est en Floride, et au diocèse catholique de Saint-Augustin, qu'un évêque a parlé. Fermement, et au nom de son devoir d'enseigner publiquement invoqué, Mgr Victore Galeone a désigné la contraception comme étant à la racine du désordre moral qui sévit aujourd'hui dans son pays, et ailleurs. Son langage est aujourd'hui devenu inhabituel, y compris parmi les pasteurs chargés de guider les hommes : il le dit lui-même. Il voit dans cette timidité, ce silence, voire cette complicité des pasteurs, l'une des grandes causes du désordre. Décidément, la portée de sa lettre pastorale dépasse largement les frontières de son diocèse, et même de son État. Elle fait sauter un tabou imposé par la culture de mort. Monseigneur Victor Galeone ne craint pas citer une journaliste catholique : "La contraception tue".

Alors que l'Amérique du Nord est agitée par les menées visant à instituer le "mariage" homosexuel, alors aussi que le divorce, de plus en plus facile aux États-Unis, frappe une proportion toujours croissante des mariages, Mgr Galeone ne craint pas de dire qu'il s'agit là de "simples symptômes d'un désordre autrement plus grave". Un désordre qui devra être extirpé à la racine, proclame-t-il : un désordre qui s'appelle "contraception" - une question de vie ou de mort.

Cette vérité ne peut être comprise qu'en rappelant la vérité sur le mariage, voulu par Dieu comme une "communion de vie et d'amour", écrit l'évêque. C'est la Genèse qui nous l'enseigne, en précisant les deux fins du mariage : donner la vie, communiquer l'amour. "Ces deux fins sont à ce point entremêlées qu'elles en sont inséparables", dit-il. "Les époux forment une entité organique, comme la tête et le coeur, et non une unité mécanique comme la serrure et la clef. Ainsi, séparer la tête ou le coeur du corps - contrairement au fait de retirer une clef de sa serrure - entraîne la mort de l'organisme. Il en va de même avec le divorce. D'une façon semblable, ce fut Dieu qui combina les deux aspects du mariage - l'échange d'amour et la communication de la vie - dans un seul et même acte. C'est pourquoi nous ne pouvons pas davantage séparer, par la contraception, ce que Dieu a uni dans l'acte du mariage que nous ne pouvons séparer, par le divorce, ce que Dieu a joint ensemble dans l'union matrimoniale elle-même."

Autrement dit, si le mariage, si la société sont à ce point malades, c'est parce que les rapports entre hommes et femmes ont été viciés à la base par une restriction volontaire du don d'amour, par l'introduction du mensonge dans le langage des corps. "Puisque Dieu a façonné nos corps, mâles et femelles, pour communiquer à la fois la vie et l'amour, chaque fois que mari et femme entravent cette double finalité par la contraception, ils opèrent un mensonge. (...) Pire : ils usurpent tacitement le rôle de Dieu". En considérant leur fécondité comme une erreur de sa Création...

Mgr Victor Galeone n'accuse pas les 90% de couples américains - toutes confessions confondues - qui ont, aujourd'hui recours à la contraception ou, pire, à la stérilisation, pour éviter de donner la vie : il ne veut pas paraître âpre et rude à leur égard. "En réalité, je ne les accuse pas de ce qui s'est passé depuis ces quatre dernières décennies. Ce n'est pas de leur faute. À de rares exceptions près, à cause de notre silence, nous autres, évêques et prêtres, sommes les fautifs". Et de demander à tous les prêtres de son diocèse, et spécialement aux confesseurs de dire et rappeler l'enseignement de l'Église y compris en chaire quand les circonstances s'y prêtent. Le prélat souhaite que les fiancés se préparant au mariage reçoivent un enseignement "adéquat" sur la régulation naturelle des naissances", méthode "moralement acceptable".

Mgr Galeone précise : "Dire que les méthodes naturelles ne diffèrent pas de la contraception reviendrait à affirmer que c'est la même chose de garder le silence que de dire un mensonge".

Il clame donc la vérité, rappelant au passage que toutes les conséquences de la généralisation de la contraception prédites par Paul VI dans Humanoe Vitoe se sont réalisées : davantage d'infidélité conjugale, une baisse générale de la moralité, spécialement parmi les jeunes, le risque de voir les hommes considérer leurs femmes comme des objets sexuels, et les programmes de contrôle massif des naissances imposés de force par des gouvernements.

Alors que le nombre de divorces a triplé en quarante ans, aux États-Unis, on observe que le fléau touche 30% des couples "contracepteurs" contre 3% à peine de ceux qui pratiquent la régulation naturelle des naissances.

Cette affaire est morale. Mais elle est, aussi, éminemment politique...

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extrait de : Le Mariage : une communion de vie et d'amour. Lettre pastorale du 10 juillet 2003. Site : www.dosafl.com