Ces textes sont des extraits du bulletin Unam Sanctam No
Ces textes sont des extraits du bulletin Unam Sanctam No. 1 (Janvier à Mars) 2008
Les Triomphes de la Vérité
Dieu, la Vérité première, triomphe toujours.
Il est tout-puissant. En vain ses ennemis s'agitent, conspirent contre
Lui. Il les domine tous du haut de son trône, il se rit de leurs
efforts pour l'anéantir. Deus autem irridebit eos
(Ps. 1, 4). Il les voit tous s'effondrer et disparaître les uns
après les autres. Il demeure, éternel, immuable, avec
tous les droits de son inaliénable Souveraineté. En Lui
triomphe la Vérité.
Jésus-Christ, qui est la Vérité, est un
perpétuel triomphateur. Dans tous les mystères de son
Incarnation, de sa vie cachée, de sa vie publique, de sa Passion
et de sa mort sur la Croix, il prépare, il commence, il
mérite les grandes victoires sur les puissances des
ténèbres, les triomphes de la vérité sur le
démon, père du mensonge, et sur son royaume de perdition.
Quand Jésus rend témoignage à la
vérité devant le Sanhédrin en affirmant qu'il est
le Fils de Dieu ; quand il attire sur lui, par sa déclaration
solennelle, les malédictions de la synagogue et la condamnation
à mort, c'est la vérité qui triomphe en Lui !
Quand, sur la Croix où il expire, il semble
décidément vaincu ; quand, de son Coeur ouvert par la
lance, jaillissent du sang et de l'eau, figures des sacrements,
spécialement du Baptême et de l'Eucharistie, Jésus
enfante son Église à la vie de la grâce, à
la vérité : c'est le peuple saint, celui qui gardera la
vérité, en qui elle triomphera: Gens sancta, custodiens veritatem (lsaïe, XXVI 2).
Quand Jésus sort du tombeau, glorieux ; quand il monte au
ciel où il va préparer des places à ses
élus ; quand il siège à la droite de Dieu le
Père, plein de force et de majesté, ses victoires sont
celles de la vérité!
Quand, conjointement avec le Père, il envoie le Saint-Esprit
à ses apôtres réunis dans le cénacle, c'est
avant tout pour prêcher la vérité, selon la mission
qu'ils ont reçue de lui: "Allez, enseignez toutes les nations,
leur apprenant à garder tout ce que je vous ai annoncé,
et voici que je suis avec vous jusqu'à la consommation des
siècles". Cette promesse signifie d'abord qu'il les assistera
par son Esprit-Saint dans leur enseignement, de telle sorte qu'ils
auront le privilège de l'infaillibilité, et que
l'Église le possédera jusqu'à la fin des
siècles. Quel continuel triomphe pour la Vérité!
Depuis l'heure de son Ascension jusqu'au dernier jour du monde,
Jésus exerce son pouvoir de Souverain Juge, selon la parole dite
par son Père : "Asseyez-vous à ma droite, jusqu'à
ce que je fasse de vos ennemis l'escabeau de vos pieds" (Ps CXXXIX).
Chacun de ses adversaires, au cours des siècles, vient tour
à tour se briser contre Lui, Pierre Angulaire, et se trouve
foulé sous ses pieds vainqueurs. Aux assises formidables du
dernier jugement, tous les impies seront à la fois l'escabeau de
ses pieds, broyés sous son sceptre de fer. Quel triomphe pour la
Vérité!
La Vérité remporte une victoire en chaque
chrétien qui la garde fidèlement. C'est sa vertu propre,
elle est invincible. "Toute chair est comme l'herbe, et toute sa
grâce, comme la fleur des champs. L'herbe se dessèche, la
fleur se flétrit, mais la parole de Dieu demeure
éternellement. Verbum Domini manet in aeternum"
(Isaïe XL, 68 et I Ep. de St Pierre 1, 24-25). Oui, tout homme,
par lui-même, est fragile; mais voyez ce martyr au milieu des
supplices : aux yeux d'un monde aveugle et stupide, c'est un vaincu.
Devant Dieu et ses millions d'anges, devant l'Église militante
et triomphante, c'est un vainqueur dont les lauriers sont immortels. II
rend à la Vérité le plus éclatant des
témoignages ; il le signe de son sang. En lui la
Vérité triomphe. C'est de sa force qu'il est revêtu.
Tous les chrétiens ne sont pas appelés à l'honneur du martyre. Mais écoutons Saint Paul: "Omnes qui pie volunt vivere in Christo Jesu, persecutionem patientur
(II Tim. Ill 12). Tous ceux qui, par une vie franchement
chrétienne vivent dans le Christ Jésus, souffriront
persécution". Ne le voyons-nous pas tous les jours? Les vrais
chrétiens, soldats de Jésus-Christ, militants contre
l'esprit d'erreur, étrangers aux moeurs relâchées
du monde, ne sont-ils pas partout en butte aux critiques, aux
reproches, aux tracasseries de ceux qui aiment à composer avec
le siècle, et qui, sans rompre avec la religion, sont toujours
prêts à faire aux enfants de ténèbres de
périlleuses concessions ?
Pour être le témoin fidèle de la
vérité et demeurer tel au milieu d'une
société esclave du mensonge, il faut du courage, il en
faut beaucoup. Heureux celui qui persévère jusqu'à
la fin sans rendre les armes, sans rougir de l'Évangile! En lui
aussi la Vérité est victorieuse!
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Source : R. P. Hello, dans Sagesse, n.427, p.3
Le Péché contre le Saint-Esprit
Jésus, parmi les cures miraculeuses qu'il opérait,
multipliait les guérisons de possédés. Ce fait
gênait les Scribes, ses ennemis jurés. Le bon peuple
disait : “Puisqu'il chasse le démon, Jésus est
sûrement l'ami de Dieu, dont le diable est l'ennemi ; car le
démon ne se hait pas lui-même”. Et, bonnement, il suivait
le Maître. C'est de cela que les Scribes étaient furieux.
Le raisonnement du peuple était juste. Ils n'y pouvaient
répondre. Alors, invoquant leur autorité et leur science,
ils affirmaient : “Jésus est un possédé
lui-même. C'est au nom de Belzébuth qu'il chasse les
démons”.
Ce que Jésus entendant, il prononça la parole
fameuse, - parole de pitié et tombée elle aussi de son
Coeur, mais qu'il faut bien comprendre -: “En vérité, je
vous le dis, tout sera pardonné aux fils des hommes, les
péchés et les blasphèmes, tant qu'ils en auront
proféré. Mais quiconque aura blasphémé
contre l'Esprit-Saint n'aura jamais de pardon: il est coupable d'une
faute éternelle. “
Qu'est-ce à dire? Y aurait-il un péché si
horrible qu'il éteindrait au Coeur de Jésus toute
pitié? Il faut comprendre la parole de Jésus.
L'oeuvre du salut est une collaboration. Dieu y prend la rude part;
il nous y laisse pourtant un rôle à jouer, modeste, mais
nécessaire. Ce n'est pas assez : ce rôle, il se contente
de nous l'offrir, ne nous l'imposant pas de vive force : “Si tu veux
être sauvé”, nous dit-il ! Lui, veut que nous soyons
sauvés : il nous laisse pourtant libres de nous perdre.
Mystère, mais dont l'obscurité ne tourne contre nous que
parce que nous le voulons bien ! Or, justement, cette volonté
obstinée de ne pas nous servir des moyens du salut que la
bonté divine nous offre, voilà ce que Jésus
appelle le péché contre le Saint-Esprit, et dont il dit
qu'il est irrémissible.
Ceux qui le commettent, ce sont ces Pharisiens orgueilleux qui,
voyant le Sauveur multiplier sous leurs yeux les miracles par où
il établissait sa divine mission, entêtés à
rejeter ce témoignage, refusaient de croire en lui, de peur sans
doute de passer pour des simples d'esprit et pour ne pas faire comme
les publicains et les pécheurs qui marchaient à la suite
du Maître. Jésus, l'âme navrée, et lisant
dans l'avenir, les menaçait des colères divines, s'ils
s'obstinaient encore ; mais eux, en pleine lumière, refusaient
toujours de voir. “Ce qui perd le monde, insistait-il, c'est que la
lumière est venue et que les hommes lui ont
préféré les ténèbres”. Et, sourds
à ces menaces comme ils étaient aveugles à la
clarté des miracles, les pharisiens se tenaient toujours loin de
lui. Ah ! si, même alors, et après de longs et
impertinents refus, vaincus enfin, ils étaient venus, même
la nuit et en secret, comme le fit Nicodème, lui demander qu'il
leur donnât cette vie divine qu'il était venu porter au
monde! Comme le père du prodigue, il les eût
pressés sur son Coeur, heureux d'avoir triomphé d'une
obstination à laquelle il s'était fait une loi de ne pas
faire violence !
Mais non, il est des âmes qui, jusqu'au bout, se refusent
à Dieu : dans cette lutte du faible contre le fort, c'est le
faible, hélas ! qui l'emporte : la miséricorde est
vaincue ; c'est l'heure de la justice. Dieu nous avait enseigné
dans son Évangile que, lassé par nos instances, il nous
accorderait ce que nous lui demanderions avec importunité;
l'homme ne le paie pas de retour : de sa miséricorde Dieu le
harcèle ; il y met ses larmes et son sang et l'homme
obstinément se refuse.
Mais alors quand il le condamne enfin, est-ce Dieu qui se retire ou
l'homme, qui le fuit ; est-ce la miséricorde divine qui se
rebute ou la malice humaine qui la dédaigne ?
Voilà bien le sens de cette parole de Jésus, qui nous
apparaît dès lors comme une parole d'amour et de
pitié : toute damnation est une défaite de la
pitié divine ; il n'y a de péché
irrémissible que l'obstination contre elle.
Y en a-t-il qui le commettent ? Oui, tous les damnés. Y
a-t-il des damnés ? Oui, les anges, à coup sûr.
Pour les hommes, nous n'en savons rien par certitude de foi ; mais
l'Église nous enseigne dans sa liturgie de la messe du
Jeudi-Saint que Judas est damné.
Ils auraient donc, les anges et Judas, commis le
péché irrémissible ? Oui, ils s'étaient
obstinés jusqu'à la fin contre la miséricorde
divine.
Y a-t-il eu dans leur vie un moment précis où ils
sont entrés dans cette voie de l'impénitence finale, sans
aucune possibilité de recul ? Non. Jusqu'à la fin, la
miséricorde et le pardon ont été offerts.
Jusqu'à la fin ils les ont refusés. C'est ce dernier acte
qui est le péché contre le Saint-Esprit.
Mais enfin y a-t-il des péchés qui acheminent plus
sûrement vers cette fin horrible? À coup sûr.
Lesquels?
Interrogeons le Coeur de Jésus... Qu'il nous fasse cette
pitié d'éclairer à nos yeux si vivement ce chemin
maudit que jamais nous ne nous y engagions.
Et d'abord notons bien devant qui il parle de ce
péché et sur qui il fait peser cette menace. Il s'agit
des Scribes. Les Scribes étaient des hommes instruits des choses
des Écritures. Ils étaient placés à souhait
pour connaître le Messie quand il paraîtrait. Les Scribes,
de ce point de vue, étaient des privilégiés. La
lumière, peut-on dire, les aveuglait. Or, ils péchaient
contre elle sciemment, délibérément, par orgueil
ou par intérêt.
Autre exemple encore, celui de Judas. Lui aussi était un
privilégié. Trois ans d'intimité avec Jésus
lui avaient appris bien des choses que lui seul et les apôtres
avaient entendues ; bien plus, il avait pu, dans ce contact de tous les
jours avec Jésus, apprécier les délicatesses de
son coeur ; il aurait dû, comme Pierre, l'aimer follement !
Pourtant il se damna. Par un crime, en somme, point pire que celui de
Pierre, qui pleure, est pardonné et devient un saint. Où
est la différence de dispositions qui conduit à une fin
si opposée? Tous les deux sont des privilégiés de
la grâce et de la lumière ; tous les deux tombent
lourdement : Pierre, au lieu de s'obstiner, implore son pardon ; Judas
se désespère. Ils avaient le même geste à
accomplir; d'où vient que Judas ne peut le faire ? Il ne le
voulut pas. Pourquoi ? Longuement, sciemment, il s'était
fermé à l'influence de Jésus, parce qu'il se
livrait éperdument à son vice : l'amour de l'argent. Il y
eut, au cours de sa vie, une accumulation formidable de
péchés contre la lumière. Le dernier, le plus
grave, ce fut, à l'heure suprême, la résistance
à l'appel de Jésus, au moment du baiser : “Amice ! Mon
ami, tu trahis le Fils de l'Homme par un baiser!”. Tout le Coeur de
Jésus passa dans ce combat, qu'il voulait victorieux, dans ce
baiser donné qu'il rendit, pour sa part, en toute
sincérité. C'était fini, le coeur de
l'apôtre indigne était fermé. Il le demeurera
jusqu'au bout.
De ces deux exemples concluons que ceux-là sont
exposés à commettre le péché
irrémissible qui ont beaucoup reçu... les Scribes, Judas,
les anges, tous des privilégiés de Dieu. Leur crime est
sciemment, délibérément, à coups multiples
et répétés, de se refuser aux avances divines, aux
oracles secrets de la grâce, à ses reproches, à ses
lumières. Comme on s'endurcit le coeur par des cruautés
successives et répétées, au point qu'on puisse
penser et accomplir les crimes les plus hideux ; alors il se fait que
le coeur intérieur, le centre de l'âme, où Dieu
nous envoie ses dons, à force d'en abuser, à force de les
refuser, y devienne insensible : on se fixe volontairement dans le
mépris et la haine de Dieu.
Moi, je veux vous aimer, Seigneur. Je pourrai bien, comme Pierre,
avoir aussi mes heures, mes longues heures d'aberration et de folie, je
veux malgré tout vous aimer. Je vous remercie de m'avoir
montré la route mauvaise, qui mène à l'abus
conscient et coupable de vos grâces. C'est une pitié de
plus à mon égard. Soyez-en béni !
Préservez-moi toujours, gardez-moi de la torpeur et du sommeil
de l'âme. Je veux, ô Jésus, vous aimer, et je sais
bien alors que vous ne me refuserez pas votre amour aujourd'hui, ni
à l'heure dernière !
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Source : R.P. Charles Parra, S.J. dans Tibériade, Apostolat de la Prière, Toulouse, 1925, p.47